Quand le Royaume-Uni menaçait de guerre européenne en raison des projets français en Islande…

Au milieu du XIXe siècle, la France s’est efforcée d’établir une colonie à Dyrafjördur. Ce n’est qu’en raison de l’appel d’un Islandais à Copenhague que les Britanniques ont pris conscience de la menace que représenterait une telle colonie française dans l’Atlantique, où ils étaient tout puissants. Les Britanniques ne pouvaient l’accepter. Ils ont menacé d’une guerre européenne…

Traduction d’un article du Morgunbladid le 15 mai 2005

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Le petit village Thingeyri à Dyrafjördur, dans les Fjords de l’Ouest, peu avant 1880. La grande maison au milieu a été construite entre 1873 et 1875. Les trois maisons en bois autour d’elle ont été construites dans les années 1757-1778 et se trouvaient ainsi sur les lieux en 1856. Le navire le plus à droite est un navire de guerre français.

Depuis le XVIIIe siècle, les Français regardaient de très près l’Islande, notamment Dyrafjördur dans les Fjords de l’Ouest, là où ils pourraient établir une colonie et construire une base navale. Leur plus grand rêve était de négocier un échange avec le Danemark : la Louisiane contre l’Islande. Ces projets ont déclenché la fureur des Britanniques, si bien que leur ambassadeur à Copenhague a menacé d’une guerre européenne si le Danemark accédait aux souhaits de la France. Sous une telle menace, les Français ont battu en retraite.

Anna Agnarsdottir, professeure d’histoire à l’Université d’Islande, a pu examiner un document dans les archives du ministère français de la Défense, dans lequel il est discuté une stratégie de revanche française sur les Britanniques pour la perte subie lors de la guerre de Sept Ans. On y évoque notamment la possibilité de les menacer à partir d’une base navale en Islande, au Canada à l’Ouest et en Écosse dans l’Est.

L’intérêt de la France pour l’Islande émerge dès 1767, soit seulement quatre ans après la défaite dans la guerre de Sept ans, quand une première expédition est envoyée par le gouvernement français en Mer du Nord, sous le commandement de Trémarec. Comme le rappelle Einar Hreinsson dans son essai « Les Français en Islande, les relations franco-islandaises 1600-1800 », le but déclaré de l’expédition de 1767 est de protéger les bateaux de pêche français dans les eaux islandaises, contre les Danois. Cependant, Trémarec profita de ce voyage pour effectuer diverses mesures autour de l’Islande, notamment des mesures des profondeurs marines dans les Fjords de l’Ouest. Trémarec revient en Islande l’année suivante, puis la troisième expédition scientifique française est lancée en 1771 sous le commandement de l’océanographe Verdun de la Crenne.

Face à une flotte de pêche française toujours plus nombreuse au cours du XIXème siècle, ce sont bientôt des navires de guerre que le gouvernement français décide d’envoyer dans les eaux islandaises. Rapidement, les armateurs français envisagent même d’ériger des installations de transformation du poisson à terre, afin de tirer encore davantage de profits de cette pêche à Islande. Elin Palmadottir mentionne dans son livre « Fransi biskvi – Les pêcheurs d’Islande », que plus de 300 navires français sont venus pêcher dans les eaux islandaises dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ils ont été suivis par bien d’autres encore.

Des scientifiques français bien connus sont venus faire des recherches, l’Eglise a envoyé des religieux et l’État des soignants. Les projets français se sont multipliés en Islande, comme celui d’implanter une usine de transformation du poisson à Grundarfjördur sur la péninsule de Snaefellsnes, ou encore la tentative de s’implanter à Nordfjördur. Bien sûr, ces activités françaises ont été notées dans le pays, et sont rapportées dans l’ouvrage d’Elin. Mais l’histoire qui a le plus alimenté la chronique en Islande et partout en Europe, c’est celle du projet de la station de séchage du poisson à Dyrafjördur.

Althing renvoie l’affaire aux Danois

Tout a commencé par une lettre du commandant de la frégate française La Bayonnaise, qui se trouvait dans le port de Reykjavik le 20 juillet 1855. Alors que le 1er avril précédent l’Islande avait enfin obtenu le droit de commercer librement avec d’autres pays, mettant fin au monopole danois, le commandant Barlatier Demas, adresse une lettre à Althing, dans laquelle il fait part de la réjouissance des armateurs de Dunkerque. Ceux-ci avaient en effet déjà des projets pour construire une installation de transformation du poisson à Dyrafjördur, dans le département d’Isafjördur. Ce projet des commerçants français consiste en la constitution d’une station de 400 à 500 personnes avec des baraques résidentielles, des dépôts de stockage, des plates-formes de séchage du poisson et d’autres nécessités.

Mais à travers ce projet d’installation de transformation du poisson à Dyrafjördur, la France a l’intention d’augmenter sa flotte de pêche en Islande, et on pouvait donc s’attendre à un déploiement total de 5 000 personnes, en mer et à terre. En comparaison, la population de Reykjavik n’était que de 1 353 âmes et Dyrafjördur comptait à l’époque quelques 735 habitants. Les Français espéraient des réponses rapides, afin de lancer les négociations avec les autorités danoises et d’entamer la construction au printemps 1856.

La lettre du commandant Demas a été présentée à Althing le 25 juillet 1855 par Olafur Sivertsen, un doyen à Flatey et membre d’Althing, le commandant ne pouvant pas lui-même aborder l’affaire officiellement. Le débat fut bref et l’affaire fut déboutée à l’unanimité des vingt voix. Les membres d’Althing considéraient en effet que cette affaire concernait les relations internationales et ne relevait donc pas de la compétence de la législature islandaise. La requête fut envoyée au gouvernement danois.

Ainsi, deux jours après la clôture de la session parlementaire, le gouverneur d’Islande Trampe, et le préfet Pall Melsted, représentant royal à Althing, tous les deux opposés à un pied-à-terre français à Dyrafjördur, ont écrit au ministère danois des Affaires intérieures. Ils dénoncent ce projet, soulignant notamment que les prises de la flotte de pêche française réduiraient la pêche des Islandais et, pire, que la France pourrait fermer le marché espagnol aux Islandais. Ces arguments sont ensuite utilisés à maintes reprises contre la requête des Français. À la fin de sa lettre, Trampe souligne en outre qu’il parait impossible de pouvoir maintenir l’ordre public dans une colonie étrangère aussi peuplée, sans devoir faire appel à une armée étrangère. Le ministère danois de l’Intérieur a ensuite décidé d’envoyer cette affaire au ministère des Affaires étrangères, sans qu’aucune décision ne soit prise pendant quelques temps.

Fin janvier 1856, l’ambassadeur de France à Copenhague, du nom de Dotézac, écrit au ministre danois des Affaires étrangères, Ludvig Nikolaus Scheele, lui indiquant que le gouvernement impérial français attachait beaucoup d’importance à ce que la requête concernant Dyrafjordur soit étudiée. Les Danois ont tenté de temporiser, renvoyant le dossier d’un ministère à l’autre. Le ministère de l’Intérieur notait toutefois que ni Althing ni les Islandais en général ne semblaient intéressés par une telle usine française de transformation du poisson.

La question était d’autant plus difficile pour les Danois, car ils essayaient de naviguer entre deux écueils, avec d’un côté la France et de l’autre le Royaume-Uni, qui ne pouvait accepter que le France acquiert un tel pied à terre dans les mers du Nord.

Le ministre danois des Affaires étrangères décida de retarder encore la prise de décision. En mai 1856, il demanda à Paris de lui fournir de plus amples détails des projets avant de statuer sur la possibilité d’accorder le droit aux Français d’établir une colonie à Dyrafjördur.

L’Althing ne se réunit pas cet été 1856, mais les affaires commerciales sont quand même débattues en Islande. C’est notamment la parution du magazine « Les Nouveaux Ecrits Sociaux », magazine qui servait de tribune au héros national islandais Jon Sigurdsson, qui relance le sujet de la présence française en Islande. En effet, un des articles, écrit par un commerçant norvégien anonyme, défend qu’une usine française de transformation du poisson serait une excellente opportunité pour les Islandais. Ce projet pourrait en effet servir de base de négociation pour obtenir du gouvernement français une baisse des droits en douane sur l’exportation du poisson en France. Cet article a ouvert les yeux de nombreux Islandais sur la possibilité de négocier avec la France sur l’échange d’un terrain contre des réductions tarifaires.

Jon Sigurdsson lui-même s’exprime peu au sujet de cette affaire, mais reproche à Althing d’avoir renvoyé l’affaire au gouvernement danois et d’avoir « rejeté toute sa responsabilité sur le Danemark ».

Un prince français en Islande

Alors que les Islandais se disputaient sur la question de Dyrafjordur, un prince français, Jérôme Napoléon, cousin de Napoléon III et pendant un moment prince héritier de France, naviguait à bord du bateau la Reine Hortense vers les plages islandaises. Au printemps 1856, il entreprit en effet une grande expédition autour de la mer du Nord, ce qui le mena en Islande, où il se rendit entre autre à Dyrafjördur, où son cousin voulait installer une colonie.

Au cours de leur séjour en Islande, le prince et son escorte attirèrent beaucoup l’attention dans la capitale. On raconte même qu’il aurait acheté deux verres de bières dans un bar pour le prix d’une vache entière ! Cependant, les Islandais se sont vite interrogés sur les motivations profondes du prince. Derrière le motif de la recherche scientifique, on voyait aussi la volonté sous-jacente de porter le projet français d’acquisition d’un territoire islandais.

Le 13 juillet 1856, la Reine Hortense accoste à Dyrafjördur. Parmi les personnes que le prince a invitées à bord de son yacht se trouvent le marchand de Thingeyri, Hans Edvard Thomsen, et son épouse, Kristjana Knudsen. Jérôme Napoléon commande alors une photo de cette femme, ce qui se trouve être la première photo d’une personne identifiée en Islande.
Dans le passé de cette Kristjana se cache une histoire d’amour et de destin islandais. Un jeune poète et secrétaire du préfet à Reykjavik était épris de la jeune fille, mais c’est Edvard Thomsen qui a gagné son cœur. Ce secrétaire du préfet était Jonas Hallgrimsson, un des plus grands poètes islandais, et bon ami de Paul Gaimard. Il a d’ailleurs écrit un poème très célèbre à l’honneur de Gaimard. Mais c’est aussi peut-être Kristjana à qui il songe en disant qu’elle est « celle que je pleure tous les jours ».

Après la visite de l’Islande, le prince français a repris la mer et a mis le cap sur le Danemark. Bien que des rumeurs aient émergé, faisant état que le prince se rendait à Copenhague pour boucler l’affaire Dyrafjordur, ce séjour n’a en rien changé les opinions des Islandais à propos d’implantation française. Ni la beauté du prince Napoléon, ni ses démarches n’ont réussi à réduire l’opposition des Islandais à une colonie française à Dyrafjordur. Il n’a cependant pas non plus augmenté l’opposition. D’autres de ses compatriotes s’en sont chargés pour lui. Cet été-là, des émeutes ont éclaté à Dyrafjördur en raison d’une bataille où Bjarni Thorlaugarson s’est battu seul contre 18 personnes.

L’intervention de Repp

En Islande, tous s’accordaient contre le projet français d’implantation à Dyrafjördur. Mais les Islandais de Copenhague, principalement des intellectuels, étaient encore fortement divisés sur la question.

Pendant que le prince Napoléon était en mer, Thorleifur Gudmundsson Repp a convoqué une réunion des Islandais à Copenhague pour en discuter. Là, il soumet un exposé présentant les dangers pour l’industrie de la pêche islandaise d’un pied à terre français. Les Français profiteraient en effet de cette porte d’entrée pour étendre leur influence en Islande. Repp propose donc une pétition au roi du Danemark, l’exhortant de ne pas se soumettre à l’Empire français.

Cette intervention de Repp est de toute évidence conçue comme un défi lancé aux Islandais de s’unir contre les souhaits et les intentions de la France. Les adversaires de Repp, y compris Jon Sigurdsson et Grimur Thomsen - un intellectuel qui a travaillé dans les services diplomatiques danois à Francfort, Paris, Bruxelles et Londres - ont fait valoir que les Islandais devraient discuter eux-mêmes de la question avec la France et étudier les intérêts commerciaux qui s’y cachaient. Il était aussi, disaient-ils, contraire aux principes de la liberté commerciale, récemment acquise par l’Islande, d’interdire la vente de terrains.

La réunion fut longue et les débats intenses, mais c’est finalement la position de Repp qui l’a emporté. Il ne voulait pas en rester là et a décidé de s’adresser à d’autres autorités pour se faire entendre. C’est ainsi qu’il a envoyé, le 11 septembre, une lettre à l’ambassadeur britannique en poste à Copenhague, lui retraçant les tenants et les aboutissants de cette affaire de Dyrafjördur. Il précise notamment que le prince Napoléon est en route pour Copenhague, revenant triomphant d’Islande, et laisse entendre qu’il obtiendrait l’accord d’implanter une usine française.
L’ambassadeur britannique ne manque pas d’envoyer le rapport de Repp à Londres le 17 septembre, en ayant pris soin au préalable d’aborder l’affaire avec le ministre danois des Affaires étrangères, L.N. Scheele, qui estimait que les intentions françaises étaient de faire de Dyrafjördur un grand village portuaire appartenant à l’Etat français.

Une forte réaction du lion britannique

Curieusement, il fallut un appel islandais pour réveiller les Britanniques, qui étaient jusque-là restés endormis, bien que le gouvernement français ait officiellement abordé la question avec les Danois depuis 6 mois.

Mais quand le lion britannique s’est enfin réveillé, il a agi rapidement. Le ministre britannique des Affaires étrangères, G.W.F. Villiers a immédiatement envoyé un message à son ambassadeur à Copenhague, le sommant de faire comprendre au ministre danois des Affaires étrangères, sans mâcher ses mots, l’opposition britannique à l’intention de la France d’acquérir une colonie en Islande. La réponse de l’ambassadeur indique qu’il a saisi la première occasion de faire comprendre au ministre danois des Affaires étrangères la position britannique :

« Dans ma conversation avec le ministre, j’ai mentionné que si le Danemark avait la mésaventure d’autoriser la construction de telles stations, il y aurait des conséquences si évidentes qu’en tant qu’intermédiaire je n’aurais pas besoin de les expliquer. J’ai également déclaré que je supposais que Son Excellence se rendait compte que les conséquences d’une telle décision ne toucheraient pas seulement la Danemark mais toute l’Europe – parce que si la France arrivait à acquérir une colonie en Islande... la paix en Europe pourrait être mise en péril d’une manière extrêmement grave. Pour ces raisons, l’obligation évidente du gouvernement danois était de ne conclure aucun accord avec la France susceptible de porter atteinte au Danemark et ses amis. »

Les Danois étaient maintenant entre le marteau et l’enclume. D’un côté, la France a intimé que si elle n’obtenait pas d’installations en Islande, elle unirait ses forces avec les Prussiens dans leur différend avec le Danemark au sujet de Holstein et Schleswig. De l’autre côté, les Danois ont compris que les Britanniques ne le laisseraient pas impunis si la France érigeait des installations en Islande. Il était devenu clair, que le coût de leur décision ne serait rien de moins qu’une guerre de grandes puissances, entre la Grande-Bretagne et la France. De quoi faire frissonner les petits pays.

Ainsi, lorsque le prince Napoléon est arrivé à Copenhague le 23 septembre 1856, les Britanniques lui avaient fermé toute possibilité de pouvoir rentrer chez lui avec une promesse ou un accord viable concernant une colonie française en Islande. Cependant, la presse s’était saisie de l’affaire, à la fois en France et au Danemark, mais aussi en Prusse. Le journal danois Faedrelandet a notamment publié un article à la une, encourageant fortement le Danemark à accorder un pied à terre à la France à Dyrafjördur.
Après le séjour du prince français à Copenhague, les rumeurs allaient bon train, la presse affirmant qu’un accord avait été conclu sur les installations de la France en Islande. Mais ce n’était pas le cas. Le prince rentra à Paris les mains vides.

La France insiste sur l’établissement d’une colonie

Pour être tout à fait exact, les Britanniques ne s’opposaient en rien à ce que les amateurs français acquièrent du terrain en Islande pour la transformation du poisson. Ils cherchaient seulement à s’assurer que la France respecterait en tout point la loi danoise, se soumettrait à l’autorité de la police islandaise et n’entacherait en rien la souveraineté de la Couronne danoise. La Grande-Bretagne avait elle-même négocié ce genre de contrat avec la France à propos d’une installation de séchage de poisson en Terre-Neuve.

Des discussions ont commencé entre l’ambassadeur britannique à Paris, Cowley Baron, et le ministre français des Affaires étrangères, le comte Walewski. L’ambassadeur, qui s’opposait à l’idée d’une colonie française en Islande, a avancé une contre-proposition selon laquelle les Français pourraient aménager un lieu de travail aux mêmes conditions qu’en Terre-Neuve.

Cette offre visait à limiter la présence militaire française dans les eaux islandaises : autorisation de déployer uniquement deux navires de guerre, et interdiction de construire toute autre structure défensive ou militaire sur le site. Le ministre français des Affaires étrangères a cependant campé sur ses positions, soutenant que la France devait avoir les mains libres pour exercer le contrôle total sur ses affaires à Dyrafjördur.

Cette obstination française a fini de persuader la Grande-Bretagne que la France avait d’autres intentions à Dyrafjördur que simplement la transformation du poisson. Ils auraient l’intention d’y prendre pied pour construire plus tard une base navale, puis prendre le contrôle de toute l’Islande.

Au cours de ces discussions avec les Britanniques, la France avait laissé le gouvernement danois en paix. Mais en mars 1857, l’ambassadeur de France à Copenhague recommença à presser le Danemark pour afin d’obtenir une réponse au sujet de Dyrafjördur. Un mois auparavant, la France avait envoyé au gouvernement danois les réponses aux questions que le Danemark lui avait posées pour gagner du temps. Désormais, l’ambassadeur de France a clairement fait savoir aux Danois que le sursis expirait, tout en rappelant que leur décision aurait des conséquences sur la position de l’empereur français à propos du différend entre le Danemark et la Prusse. Les Britanniques ont quant à eux réitéré leur avis qu’un tel accord équivaudrait à ce que l’Islande soit cédée à la France.

Le gouvernement danois était donc dans une situation impossible au printemps 1857. Il réussit à contourner le problème et à s’accorder un répit supplémentaire en renvoyant l’affaire au parlement islandais.

Un « non » islandais… toutefois accompagné d’une contre-proposition

Suite à la décision du gouvernement danois, la température est montée en Islande à propos de l’affaire de Dyrafjördur. Des pétitions ont été envoyées à Althing par les habitants de l’Est et de l’Ouest. De tout côté, les gens étaient opposés au projet, et ils demandaient à Althing de se saisir de la question.
Lorsque l’affaire fut portée au parlement islandais le 8 juillet, aucun débat n’eut lieu, mais un comité de cinq personnes fut élu pour discuter de la question. Il a rendu ses conclusions le 21 juillet, estimant que la demande de la France « telle qu’elle est actuellement » devait être rejetée. Le comité avance toutefois une contre-proposition selon laquelle une négociation pourrait être entamée à condition que la France accepte de supprimer les droits de douane sur le poisson islandais. Le 28 juillet, Althing s’accorde à onze voix contre neuf sur les recommandations du comité en faveur d’une contre-proposition. Voici l’avis consultatif qui fut envoyé au roi du Danemark.

Le gouvernement danois décida donc d’adopter cette stratégie dans la réponse envoyée à la France au printemps 1859, quatre ans après que le commandant B. Demas a écrit sa lettre dans le port de Reykjavik.

On peut donc dire que la stratégie danoise fut efficace. A force de retarder la prise de décision, il était devenu évident pour les Français que leur persévérance ne suffirait pas à convaincre le Danemark, tant la menace britannique de faire éclater une guerre européenne était forte. Les Français renoncèrent à leur projet à Dyrafjörfur.
Cinq ans plus tard, le Danemark dut céder les régions de Holstein et de Schleswig à la Prusse.

Dernière modification : 15/09/2020

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