Le Mot de l’Ambassadeur

PNG
Demain, le 14 juillet, jour de la fête nationale française, sera marqué par la présence dans le vieux port de Reykjavik de la goélette « l’Étoile » ; élégant voilier-école de la Marine nationale.

Construit en 1932, l’Étoile est, comme sa consœur « la Belle Poule », une magnifique réplique des goélettes de Paimpol qui, jusque dans les années 1930, faisaient la pêche à la morue sur les bancs d’Islande. Après les îles Vestmann et Reykjavik, l’Étoile poursuivra sa navigation dans les eaux islandaises en faisant escale successivement à Patreksfjördur, Akureyri et enfin à Faskruðfjördur pour y participer, les 26 et 27 juillet, aux traditionnelles « journées françaises ».

La goélette l’Étoile, outre sa mission de formation, a en effet également une dimension patrimoniale et historique. Elle reste le vivant témoignage d’une époque aujourd’hui disparue, celle des marins français qui, souvent au péril de leur vie, venaient pêcher la morue au large des côtes islandaises. Si cette pêche « à Islande » a débuté dès le XVIIème siècle, elle a été particulièrement active dans la seconde moitié du XIXème siècle où certaines années plus de deux cents navires partis de ports français comme Paimpol ou Gravelines venaient y pêcher la morue. La goélette, bateau manœuvrier qui pouvait faire face aux brusques changements météorologiques, a ainsi été spécialement conçue pour affronter les mers changeantes de l’Atlantique Nord.

Pendant des décennies, les campagnes de pêche à la morue se sont succédé avec leur cortège de naufrages, de maladies, de blessés, et de morts. Dans son ouvrage de référence consacré aux pêcheurs français en Islande, Elin Palmadottir évoque le chiffre de 4.000 marins français « disparus en Islande ». Si nombre d’entre eux ont été emportés par la mer, d’autres ont leur sépulture dans des cimetières islandais, comme à Suðurgata à Reykjavik où reposent 59 marins français anonymes. Le destin tragique des « Islandais », comme on les appelait à l’époque, a servi de matière au chef-d’œuvre de Pierre Loti « Pêcheur d’Islande » publié en 1886. Il a également inspiré des artistes et auteurs islandais comme le poète Guðmundur Guðmundsson. Si le « golfranska », sabir mélangeant des mots français, islandais, bretons et flamands a disparu, le courage et la générosité avec lesquels les Islandais ont porté secours aux marins français rescapés font désormais partie de notre mémoire commune.

Mobilisés pour améliorer le sort des marins français, la « société des œuvres de mer » et l’État français envoient des bateaux-hôpitaux puis construisent, au début du XXème siècle, des hôpitaux à Reykjavik, Faskruðdjrördur et dans les îles Vestmann. Alors que le souvenir des voiles blanches des goélettes s’estompe, ces bâtiments restent des témoins de la présence française en Islande tout comme l’est la célèbre résidence dite Höfði, qui fut bâtie à l’initiative du premier Consul de France Brillouin, nommé en Islande pour s’occuper des affaires maritimes.

Au-delà des croix dans les cimetières, de quelques bâtiments et noms de rue, que reste-t-il aujourd’hui de la pêche à Islande ? Tout d’abord, des liens très forts entre les municipalités de Gravelines et Faskruðfjorður ou entre celles de Paimpol et Patreksfjördur qui entretiennent ensemble le souvenir de l’épopée des « Islandais ». Mais aussi, une fascination réciproque unissant nos deux pays, la France et l’Islande étant, l’un pour l’autre, une source constante d’émerveillement et d’inspiration.

Dernière modification : 16/07/2019

Haut de page