La réunion à Paris en décembre 2015 : La plus importante de l’histoire de l’Homme [is]

Lors de mes recherches aux États-Unis, j’assistais le professeur Robert Garrels à la Northwestern University à Evanston, à proximité de Chicago dans l’ Illinois.

Ill enseignait la circulation des produits chimiques dans l’environnement en s’appuyant sur son livre « Chemical Cycles and the Global Environment. Assessing Human Influence », publié en 1981. Je me souviens des discussions que nous avions en classe sur l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, en s’appuyant sur les observations régulièrement réalisées par l’institut géologique établi sur le volcan Mona Loa à Hawaï (Figure 1). Cette illustration se trouvait dans le livre mais s’arrêtait à l’année 1980.

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Figure 1. Évolution du dioxyde de carbone dans l’atmosphère de 1958 à 2010.

La figure 1 montre que le dioxyde de carbone est en augmentation constante depuis 1958. En y regardant de plus près, on remarque que le CO2 dans l’atmosphère était de 280 ppm (par volume - ppmv) avant la révolution industrielle au XVIIIe siècle. Il s’élève aujourd’hui à 400 ppmv et augmente chaque année - actuellement de 3 ppmv par an. Robert Garrels parlait de l’impact probable sur cette augmentation de la combustion de ressources fossiles. Il appuyait ses réflexions sur la mesure du CO2 dans l’air à Hawaii et s’intéressait également à la circulation des substances chimiques sur la terre, la taille des différents réservoirs de substances chimiques dans la croûte terrestre, ainsi que les processus biogéochimiques et les facteurs humains causant le transfert de substances d’un réservoir à l’autre (par exemple dans les roches, dans la biomasse, dans les organismes, dans le sol, dans les lacs, dans les océans, dans les sédiments au fond des océans et dans l’atmosphère). Robert Garrels a été un pionnier dans cette science et beaucoup pensaient qu’il faisait fausse route.

Je me souviens avoir trouvé bon l’argument de Garrels sur la possible implication de l’homme dans l’augmentation des concentrations de CO2, mais ni moi ni les autres étudiants étaient particulièrement préoccupés par ces considérations. A cette époque, des chercheurs écrivaient sur l’influence humaine sur le climat et parlaient de l’effet de serre mais les politiciens n’étaient pas à l’écoute.

En 1988, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a créé un comité sur le changement climatique (GIEC). Ce comité a rédigé cinq rapports avec l’effort conjugué de milliers de scientifiques. Le dernier rapport a été publié en 2014. En fin de compte, peu de changements ont eu lieu d’un rapport à l’autre, à l’exception des modèles climatiques réalisés qui sont de plus en plus complets et peuvent incorporer plusieurs processus dans les calculs. Dans le premier rapport, 90% des scientifiques considéraient que l’activité humaine avait un impact sur le climat. Depuis, ce pourcentage s’est élevé à 98%. Pourtant, il y a encore ceux qui remettent en question le problème du climat. Bien qu’ils soient peu nombreux, on continue de leur donner autant de place dans le débat qu’à des milliers de scientifiques. Rien d’étonnant à ce que le public soit désorienté.

Le débat en France sur ces questions était mouvementé et un scientifique connu a affirmé qu’il n’y avait aucune corrélation entre le changement climatique et les activités humaines. Ses arguments n’ont cependant pas convaincu et le gouvernement français a très bien préparé la conférence sur le changement climatique en décembre prochain, la COP21.

Malgré les discussions sur la nécessité de réduire les émissions suite à la création du comité du GIEC il y a près de 30 ans, le CO2 dans l’atmosphère continue d’augmenter. Le protocole Kyoto de l’année 1997 n’a pas entrainé de réduction des émissions dans le monde, bien que des progrès aient été réalisés dans plusieurs pays.

J’ai récemment réalisé une interview à la radio où j’ai affirmé que la conférence sur le climat à Paris en 2015 (COP21) est la réunion la plus importante de l’histoire de l’Homme. J’en suis arrivée à cette conclusion car SI JAMAIS nous obtenons un consensus sur la réduction des émissions et parvenons à contenir le réchauffement climatique moyen en deçà de 2° C (équivalant de 450 ppm de CO2) - alors nous sommes probablement en mesure de mettre fin à la menace qui pèse aujourd’hui sur les générations futures. Cependant si les émissions continuent d’augmenter au cours du siècle, la température moyenne de la planète pourrait être 5 à 6° C supérieurs aux niveaux préindustriels, supposant une terre fondamentalement différente de celle que nous connaissons, où de vastes régions seraient inhabitables pour cause de chaleur, de sécheresses, d’inondations, de montée du niveau de la mer et de tempêtes.

Je me suis d’abord rendue compte de la façon non-soutenable dont nous vivons sur Terre au cours de l’année 2000, lorsque je travaillais à l’Université de Bristol au Royaume-Uni. Depuis, j’ai travaillé avec diligence pour élargir l’horizon de mes étudiants et développer une approche holistique du développement durable. En effet, le développement durable ne concerne pas seulement la conservation de la nature et de l’environnement : il comprend également l’utilisation des ressources de manière durable, dans la construction d’une société juste où règne l’égalité et la parité économiques et dans le travail pour le bien-être public. Par conséquent, on pourrait soutenir que la décision unanime de l’Organisation des Nations Unies le 25 septembre 2015 pour atteindre de nouveaux objectifs pour le développement durable en 2030 est plus importante que ce possible accord sur le climat ( sur les 17 objectifs de développement, un seul est lié au changement climatique). Mais la raison pour laquelle je crois que la conférence de Paris est plus importante dans ce contexte historique, c’est que le changement climatique est le symptôme d’un système global en crise.

Si nous ne parvenons pas à contrôler le changement climatique, aucun des seize autres objectifs ne seront réalisables. Si nous réussissons, cependant, à contenir le réchauffement climatique, nous voilà avancés dans les autres seize objectifs de développement des Nations unies. Une réduction des émissions et le développement de nouvelles technologies pour la séquestration du CO2 dans la biosphère et dans le sol, seront porteurs de nouvelles formes d’énergies, d’un changement des modes de vie, du rétablissement des forêts et des terres dégénérées, et d’une plus grande coopération entre les pays. C’est pourquoi j’appelle tous les peuples à s’engager pour inciter leurs dirigeants à agir afin que la conférence sur le climat à Paris en décembre débouche sur un réel accord de réduction des émissions.

Mes collègues américains ont mis au point un modèle climatique C-Roads (https://www.climateinteractive.org/tools/c-roads/) qui référence les promesses de réduction d’émission de chaque État à la COP21 et permet d’en évaluer les impacts sur les températures terrestres en 2100. Il est possible de suivre le tableau de bord du climat (https://www.climateinteractive.org/tools/scoreboard/). La communauté internationale a décidé de maintenir la hausse de la température en dessous de 2° C, mais si on ne fait rien, on constate que les températures seront au moins 5° C plus élevées que les niveaux pré-industriels. Les mesures promises par les Nations à ce jour ne confinent la hausse qu’à 4° C. Nous devons faire mieux si nous voulons que les générations futures puissent vivre sur la terre les siècles prochains !


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Kristín Vala Ragnarsdóttir

Kristin Vala Ragnarsdottir, professeure, enseigne les sciences du développement durable à la Faculté des Sciences de la Terre à l’Université d’Islande. De 2008 à 2012, elle était Doyenne de l’École de l’Ingénierie et des Sciences Réelles à l’Université d’Islande. Auparavant, elle était professeure du développement durable environnemental à l’Université de Bristol au Royaume-Uni.

Docteur en géochimie de la Northwestern University aux États-Unis, elle se consacre depuis plus d’une décennie aux sciences transversales du développement durable.

Kristin Vala est membre de l’Académie des Sciences Islandaise. Elle est membre honoraire de l’Institut Schumacher à Bristol et a reçu en 2011 le prix d’honneur du groupe Balaton. Elle est co-récipiendaire du prix de la durabilité du Times Higher Education (2008) et du Prix Plant (GAIA association étudiante). En Islande, elle a conseillé de nombreuses personnalités et institutions sur les questions du développement durable, dont le Premier ministre, les Ministres de l’Éducation et de l’Environnement, le Parlement, la Ville de Reykjavik et la Fédération des Industries Islandaises.

Dernière modification : 11/11/2015

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