L’interview : Ari Trausti Guðmundsson, géologue [is]

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Mes racines sont dans la campagne à proximité de Reykjavik du côté de mon père, et dans le sud de l’Allemagne et l’Autriche du côté maternel, mais je suis né et ai en partie été élevé dans la capitale.

J’ai longtemps rêvé de devenir pilote mais les sciences naturelles au lycée et les années d’adolescence avec la famille m’ont fait changer d’avis. Mon père et ma mère étaient des pionniers de la vie à la montagne et des activités en plein air. Ils faisaient de la pêche, de l’arboriculture, du jardinage et ils voyageaient à l’étranger. La maison de famille était fréquentée par des étrangers, des scientifiques, des alpinistes célèbres et des artistes nationaux ou étrangers. Ma grand-mère, du côté de ma mère, s’occupa de notre éducation avec ce charme d’Europe centrale. Mon père était actif dans de nombreux genres d’art et était au premier plan de la vie artistique durant quelques décennies. Ma mère était une championne d’arts céramiques et c’était sur elle que reposait l’atelier céramique de la famille (Listvinahus).

J’ai grandi avec une bibliothèque bien garnie et de la musique de tous genres. Quand j’ai commencé mes études de géologie à l’Université d’Oslo, j’écrivais déjà des textes, de même que je dessinais et peignais à l’aquarelle, ce que je continue à faire depuis.

Plus tard j’ai continué mes études à l’Université d’Islande. Mes frères ont travaillé dans la céramique, dans l’architecture et d’autres arts. Mon seul demi-frère, Erro, était et reste le passionnant aventurier artistique qui vécut en Italie et plus tard à Paris. Notre seule sœur manie souvent le pinceau.

Tout cela m’a poussé à combiner le travail dans les sciences de la nature, l’écriture, les voyages, l’alpinisme, un peu d’art et une sorte d’exploration.
Je me suis pris d’intérêt pour la France en lisant des traductions de livres français, qui existent en un nombre remarquable en Islande. Et bien sûr, les films qui étaient aussi en nombre étonnant ici.

J’avais un intérêt réel pour l’étude du français au lycée. Puis il y a eu les groupes de touristes français que j’ai essayé de guider lors de longues randonnées, principalement dans les hauts plateaux du centre, dans un mélange de français et d’anglais. En tant qu’étudiant, j’ai enfin pu faire ma première visite à Paris, à la fois pour rendre visite à Erro et pour me renseigner sur la révolte des jeunes. Elle a prospéré en Norvège comme en France et en Islande, et m’a progressivement transformé en marxiste. Je pouvais me ranger avec les étudiants radicaux dans le Ve arrondissement et chanter l’Internationale. Bien sûr, dans ces années, nous étions imbus des écrits de Sartre, de Camus et d’Althusser et de la nouvelle vague dans le cinéma français.

Après une décennie de politique de gauche, je suis devenu critique politique indépendant, la plupart du temps dans les journaux, sans participer directement à la politique. En 2012, je me suis porté candidat à la présidence de la République, contre le président en place, parce que je crois que la fonction doit être remplie d’une autre façon. J’ai réussi à prendre la troisième place parmi les candidats.

Je me suis rendu à Paris d’innombrables fois, généralement avec Maria Baldvinsdottir, mon épouse, mais maintenant c’est la rive droite qui l’emporte sur la rive gauche. Il se trouve que ma fille, Helga Sigridur, vit et travaille dans le secteur du design dans le Marais avec son mari, l’architecte Sofiane Bou-Salah. Et c’est aussi à Paris que vit l’inlassable Erro.

En 2006, je travaillais pour établir une exposition de sciences à Paris, où l’Islande a été présentée comme une terre de science et d’énergie écologique. Un iceberg venu d’Islande, vieux de quelques centaines d’années, était exposé devant le Palais de la Découverte ; une idée conçue par Sigridur Snœvarr, ambassadrice d’Islande en France, et moi-même.
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Il y avait un tas de choses qui m’ont mené à étudier la géologie et à m’occuper de recherches scientifiques mais le besoin de création se faisait de plus en plus sentir et tout d’un coup, j’ai senti qu’il fallait que je m’en occupe, parallèlement avec les sciences. Je voulais plus de liberté pour voyager et écrire, faire des programmes à la radio et passer du temps avec ma famille qu’un travail dans un institut de recherche ne le permettait.

Aussi, j’ai commencé à enseigner au niveau secondaire, et après quelques années et des tentatives pour mettre sur pied une organisation politique radicale, je me de plus en plus tourné vers le tourisme, l’écriture et l’enseignement public ; j’ai commencé à faire des séries de programmes à la radio et à la télévision nationales d’Islande, et à traduire et écrire des livres. Jusqu’en 2000, ils ont traité de la géologie, des volcans, des glaciers, de l’astronomie, de l’alpinisme, des endroits intéressants dans le pays et de l’environnement. Peu à peu, cependant, j’ai commencé à écrire des poèmes et des histoires, et quand un livre de nouvelles (Lignes de routes) a reçu le Prix de littérature Halldor Laxness, je me suis senti revigoré et j’ai publié des recueils de poèmes et des romans, ainsi que des livres d’une autre espèce. En tout j’ai publié plus de 50 livres, dont sept de poésie et quatre romans. J’ai continué à faire des programmes de télévision et des documentaires en voyageant entre autres au nord du Canada, en Mongolie, à Équateur et en Antarctique.

Je vois beaucoup de changements liés au changement du climat. Quelques-uns sont positifs, par exemple l’amélioration des conditions de vie de la végétation en Islande, mais la plupart sont négatifs. Et ce qui préoccupe le plus c’est la vitesse du réchauffement climatique et le lien avec les émissions de gaz à effet de serre et la déforestation à travers le monde. Si une partie quelconque de ces changements peut être attribuée à la nature elle-même, cette part n’a pas beaucoup d’importance. La consommation d’énergie, des matières premières, la pollution, la surexploitation des ressources et le gaspillage à la fois des matières premières et des produits sont tels que nous allons droit à une crise grave et coûteuse. Les seules mesures d’atténuation viables consistent en la coopération de tous les pays pour réduire l’exploitation et la consommation des combustibles fossiles, adopter des modes de consommation plus modérés dans les pays industrialisés, promouvoir l’innovation dans le secteur de l’énergie et lutter contre la pauvreté, l’injustice et l’agression.

Le réchauffement climatique provoque des réactions extrêmes du climat, l’élévation du niveau de la mer et l’intensification des ravages de la mer sur les côtes, l’acidification des océans et le retrait rapide des glaciers. Tout cela est bien préoccupant.
Nous produisons de l’électricité verte, mais cela ne dit pas grand-chose puisque l’empreinte écologique de l’Islande est la plus grande dans le monde. En effet, il est important de rappeler que tant l’hydroélectricité que l’énergie géothermique sont des ressources limitées en Islande. La puissance de production n’est que l’équivalent de 2 à 3 centrales nucléaires moyennes. Trop souvent on cite l’Islande comme une sorte de réserve d’énergie pour l’Europe. Ce n’est pas le cas mais nous pouvons contribuer grâce à nos connaissances approfondies de l’exploitation de l’énergie géothermique dans de nombreux pays.

Les nombreux États qui participent à la conférence de l’ONU sur le climat, la COP21, à Paris mettent en avant des objectifs différents, mais globalement, ils doivent réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne suffit pas. La conférence doit également pousser à prendre des mesures visant à séquestrer beaucoup plus de carbone dans la végétation que jusqu’à présent, à promouvoir l’innovation dans le secteur de l’énergie et l’utilisation de l’énergie verte et à garder ouvertes les voies qui assurent que le public, les entreprises et les gouvernements se sentent responsables de la situation et voient les avantages économiques à contrebalancer le réchauffement. Je suis plein d’espoir pour que cela réussisse, en l’absence de preuves du contraire.

Si la conférence échoue, il est certain qu’on ne pourra pas maintenir la hausse moyenne de la température au-dessous de 2 à 3 ° C. Chaque degré coûte des sommes énormes pour l’atténuation et l’adaptation. N’oublions pas que si le réchauffement climatique était entièrement dû à des processus naturels, nous aurions tout de même à agir de la même manière, mais avec des coûts quelque peu plus bas, et sans toutefois pouvoir influencer la progression, contrairement à ce que l’on peut faire à présent. Le climat de la Terre va changer, il se réchauffera ou refroidira, si on le regarde sur l’échelle des siècles ou des millénaires. Nous devons même prévoir qu’une nouvelle période glaciaire pourrait descendre sur la terre et durer 50 à 60 mille années.

Dernière modification : 16/09/2015

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