Interview : Ragnar Axelsson, photographe

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Ragnar Axelsson
Photographe
www.rax.is


Je suis né et j’ai grandi à Kopavogur et à Reykjavik. J’étais à la campagne pendant les étés, dans la ferme de Kvisker dans la région d’Örœfi où les frères, propriétaires de la ferme, étaient tous des scientifiques, chacun dans un domaine spécial. Ce fut une bonne école et c’est à partir de là que j’ai découvert la nature et la science.

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Un phoque sur la glace de la lagune Jökulsárlón en Islande

Mon intérêt pour la photographie a commencé tôt et vient de mon père. Cet intérêt a grandi avec la lecture des magazines tels que LIFE, STERN, Paris-Match et d’autres qui se sont très bien servis de photos dans les années de ma jeunesse. J’y trouvais des photos séries magnifiques de la vie réelle et de la situation des gens. J’ai commencé à prendre des photos de personnes et d’oiseaux dans la région d’Örœfi quand j’avais dix ans. J’ai passé des moments exquis, couché sur le bord des falaises, suivant le vol des oiseaux et les prenant en photo. J’ai appris à piloter et c’était l’intérêt que je portais au vol des oiseaux dans les canyons de ces parages qui m’a rempli de la passion du vol. Je menais une longue lutte intérieure pour savoir lequel l’emporterait, le vol ou la photographie. La photographie a gagné mais je tiens toujours mon permis de vol et je survole le pays pour photographier, lorsque les conditions météorologiques et les situations le permettent.

Mon père et moi avons construit un petit avion dont je me servais pour mes expéditions photographiques. Il était possible de dévisser les ailes en cinq minutes et de tirer l’avion dans une remorque pour l’utiliser sur les lieux. Il était en fait plus rapide de le tirer derrière soi à travers le pays dans une remorque, comme il volait si lentement. Il était magnifique pour les vols courts. Je l’ai vendu et je vole dans des avions plus grands, qui vont plus vite.

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Un éleveur de bétail transporte un mouton à travers une rivière en Islande

Ma passion pour la nature, les glaciers et les animaux est venue très tôt. L’intérêt pour les régions polaires a commencé par la lecture de livres sur l’Arctique d’explorateurs comme Knud Rasmussen, Peter Freuchen et le commandant Jean-Baptiste Charcot, qui étaient tous des hommes exceptionnels et des héros dans mon esprit. Lorsque j’ai commencé à photographier dans l’Arctique je voulais fixer la vie des gens dans les circonstances qu’ils vivent au jour le jour. J’ai trouvé nécessaire de photographier la lutte difficile de la vie dans l’Arctique et la beauté de la vie qui est en train de reculer. Je considérais qu’il était nécessaire de photographier par des temps effroyables et par des froids glaciaux. La vie dans le Nord est charmante et attire tous qui font connaissance de la beauté qui existe là-haut et des régions magiques qui s’y trouvent.

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Chasseurs de phoques groenlandais. Le climat a changé et la banquise n’est plus fiable

Au début, quand je commençais à photographier, je ne me rendais pas compte du changement climatique, je voulais simplement enregistrer la vie et obtenir de bons résultats dans des circonstances difficiles. Bientôt, cependant, j’ai remarqué ce qui se passait en Groenland. La glace devenait plus mince et moins fiable, d’année en année, dans les mêmes zones, aux mêmes saisons.

Les photos ci-dessous sont prises par Ragnar Axelsson sur la calotte glaciaire du Groenland. Elles montrent la fonte rapide des glaces, avec la formation de lacs, de rivières et de canyons profonds sur la surface de la calotte. L’eau tombe ensuite à travers de grands gouffres jusqu’au fond de la glace. La calotte a une superficie de 1,8 million de km carrés (plus de trois fois la taille de la France) et une profondeur de 2 km, allant jusqu’à 3 km. Si toute cette glace fondait, la surface des océans du monde s’éleverait de plus de 7 mètres.
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Un iceberg au Groenland. Le trou a peut être été formé par une rivière coulant à travers la calotte
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Des icebergs à différentes étapes de fonte
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Le fjord de Sermiliq. La photo à gauche est prise en mars 1995, celle à droite en mars 2015. L’épaisseur de la glace sur le fjord s’est réduite d’année en année. La différence sur cet intervalle de 20 années est énorme

Je travaille sur un nouveau livre sur l’Arctique qui sera à une plus grande échelle que le dernier, et qui sera créé à partir de la plupart des régions polaires. Il est parfois difficile de montrer comment les changements se produisent, mais j’ai des photos prises sur une période de dix-sept ans d’un fjord du Groenland qui était gelé et facile à parcourir, aussi bien sur des traîneaux à chien qu’à pied. Maintenant, dix-sept ans plus tard, le fjord reste ouvert avec une plaque de glace mince et c’est facile de naviguer dans le fjord sur des bateaux. La glace ne supporte plus le poids des hommes et on ne peut pas s’y fier du tout. Seulement un chasseur y reste, qui vit de la chasse, les autres chasseurs ont arrêté et se sont déplacés vers d’autres lieux. J’ai trouvé très frappant de voir ces changements, les tempêtes sont devenues plus fréquentes et durent parfois pendant des jours.

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Michel Rocard, ancien Premier ministre de France, et Laurent Mayet, son conseiller spécial, au Pôle nord, qui se trouve à peu près directement au-dessous de l’aiguille de glace derrière eux

J’ai eu de très bonnes relations avec la France et les Français et j’ai gagné de très bons amis, comme Michel Rocard, Laurent Mayet, Stanislas Potier et les ambassadeurs Marc et Philippe. Je fus assez heureux de visiter les pôles Nord et Sud avec Michel et Laurent.

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Lors d’un rassemblement de moutons en Islande. Ragnar Axelsson troisième à partir de la gauche. À sa gauche Marc Bouteiller, ambassadeur de France en Islande, à sa droite Luis Arreaga, ambassadeur des États-Unis en Islande

Marc Bouteiller, l’ancien ambassadeur de France en Islande, et moi avons fait quelques beaux voyages en Islande, y compris à Landmannalaugar avec des montagnards pour le rassemblement des moutons. J’ai aussi monté des expositions en France et les Éditions Robert Delpire ont publié un de mes livres de photographies. Être publié par Robert Delpire dans la série de Photo Poche est l’un des plus grands honneurs possibles pour un photographe.

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Le voilier Hildur sur lequel Ragnar Axelsson, le géologue Haraldur Sigurdsson et leur équipe ont navigué en Groenland.

Avec mes compagnons, Haraldur Sigurdsson volcanologue et Ingvar Thordarson producteur de films, nous travaillons à un documentaire sur l’Arctique qui a pour titre provisoire « Mystères de l’Arctique ». Je vais faire faire un livre de photos en même temps que ce documentaire. Je dois voyager beaucoup à travers l’Arctique au cours des deux prochaines années et photographier tout ce que je peux possiblement faire. Je pense qu’il est important de documenter la vie des habitants de l’Arctique pour l’avenir et d’ouvrir les yeux des gens sur ce qui se passe. Un livre photographique sur l’Arctique sera une pièce de puzzle dans une image plus grande. Je prépare également des expositions et une exposition itinérante sur l’Arctique est en ce moment présente en Allemagne. Le but est de sortir le livre et le documentaire en même temps.

Dernière modification : 12/08/2015

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