Interview : Jacky Pellerin, entraîneur de l’équipe nationale islandaise de natation [is]

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Je suis né en Normandie, à la Ferté-Macé il y a 53 ans et j’ai passé mon enfance et une partie de mon adolescence dans la ville de Flers.

J’ai été nageur dans un club à Flers où j’ai commencé à m’entrainer ; dès lors j’ai eu alors une grande passion pour la natation.

Je suis parti de Normandie à l’âge de 17 ans pour aller à Narbonne. J’ai commencé à entraîner en 1983 à l’âge de 20 ans. J’ai été assistant dans un club qui s’appelle les Cachalots de Six Fours, du côté de Toulon. J’y ai beaucoup appris pendant cinq ans, en tant qu’assistant. En 1988, je suis devenu entraîneur principal de ce club. Parmi le groupe de jeunes que j’entrainais, j’avais un nageur prometteur qui s’appelle Franck Esposito, ce dernier a été champion d’Europe, recordman du monde et médaillé de bronze aux jeux olympiques de Barcelone en 1992 sur la distance de 200 m Papillon.
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Ma connexion avec l’Islande a commencé lors d’une étrange histoire. En 2007, j’étais le manager du Stade Toulousain water-polo et de sa section natation sportive. Aux championnats de France d’été, qui se déroulaient à Saint-Raphaël, le directeur technique adjoint de la fédération française de natation vient me voir et me dit : "Hé, Jacky, il y a un club en Islande, le club ÆGIR, qui cherche un entraîneur avec des responsabilités sur l’équipe nationale. Il ajoute alors : Je sais que tu es assez « fou » pour partir là-bas. Est-ce que tu veux accepter cette demande ?"
Ma réponse fut : Eh, oui, pourquoi pas ?
Après m’avoir contacté, Gustaf Adolf Hjaltason, alors président du club, m’a annoncé que les membres du bureau directeur s’intéressaient à moi ; il m’a fait venir un premier temps pour discuter, voir le pays. Au bout d’un mois et demi j’étais décidé à venir pour au moins deux ans, voire trois ans... et voilà ça fait neuf ans !

Le climat a été un choc pour moi, comme pour beaucoup de Français qui arrivent à la fin de l’été. Mais j’avais cette mystérieuse attirance pour l’Islande, qui est inexplicable. Mes profondes racines Normandes en sont sans doute la raison !
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La natation est un sport normé voire normatif, partout la même technique et les mêmes règles. Cependant, il est notable que les nageurs islandais connus par le passé ou actuels, sont soit des nageurs de dos ou de brasse. Des "crawleurs", des "papillonneurs" ou des nageurs de quatre nages on n’en voit pas beaucoup.
En qualité d’entraineur national, je n’ai pas eu à apporter beaucoup de changement. Je dois cependant veiller à une constante formation des entraineurs et des nageurs car les compétitions à l’étranger exigent que nous soyons de plus en plus performants.

J’observe beaucoup de progrès ; aux championnats du monde de Kazan en 2015, nous avons eu 4 finales, l’Islande n’avait jamais réalisé une telle performance. Pour les Jeux olympiques de Rio, nous avons déjà trois nageurs qualifiés et nous souhaitons que deux, voire trois de plus obtiennent leur ticket pour le Brésil.
On espère toujours une médaille pour eux, quel que soit le métal, mais comme je dis toujours à mes nageurs, l’important c’est de prendre part à la finale. En finale tout peut arriver !
Pour illustrer mon propos ; cet hiver, au Championnats d’Europe en Israël, Eyglo Ösk Gustafsdottir s’est qualifiée en finale sur 100 m et 200 m Dos ; il a décroché deux médailles de bronze.
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Il y a beaucoup de piscines en Islande, pour moi c’est fantastique. Toutefois, beaucoup d’Islandais se rendent à la piscine pour se détendre et conçoivent difficilement que la natation puisse être un sport exigeant. Je pense que la fédération Islandaise devrait s’impliquer plus avec le système scolaire pour donner des bases plus solides à nos jeunes mais également avec le ministère de la santé pour dispenser auprès du plus grand nombre des conseils adaptés afin que tous profitent pleinement des bienfaits de ce sport.

Je m’intéresse beaucoup au tourisme. Je suis titulaire d’une maitrise en tourisme et je suis un des rares Français à ne pas travailler dans le tourisme en Islande.
J’aime découvrir tous ces petits endroits magiques, comme Gamla Laugin à Fludir, Mývatn et son environnement ou bien la quiétude Siglufjördur.
Je lis beaucoup, j’apprécie de jouer au tarot avec mes amis franco–islandais toutes les deux semaines.
Mais mes matins commencent à 5h30 et je travaille jusqu’ à 20h30 le soir, donc ça me laisse peu de temps pour faire autre chose.

J’ai trois enfants, Anaïs, Elsa et Simon et deux petites-filles qui vivent en France.
Quand je suis arrivé en Islande j’étais divorcé. Après deux années, j’ai rencontré Bryndis qui travaillait à l’accueil de piscine... On s’est rencontrés, on s’est connus et on s’est mariés (il y a deux ans).

Je suis un fan de l’Islande. Je ne finirai pas mes jours ici mais je ne suis pas pressé d’en partir. Je reçois fréquemment des offres pour des postes équivalents dans d’autres pays mais je suis bien ici. Certes les résultats arrivent mais le plus important, la satisfaction du travail effectué auprès des jeunes ; car je me considère plus comme un pédagogue qu’un entraineur. Je suis plus attaché à la relation humaine qu’à la performance en elle-même.

Dernière modification : 25/04/2016

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