Interview : Harpa Thorsdottir, directrice du Musée du design et de l’art appliqué [is]

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Je suis née à Reykjavík. Ma maison d’enfance était le Musée national, où j’ai vécu jusqu’à l’âge de sept ans.

Mon père était le commissaire des antiquités ; il avait droit à un appartement au musée. J’ai ensuite déménagé dans le fjord Skerjafjörður, à côté de Reykjavík, qui était un endroit tout aussi passionnant que le musée national ! Dans les années 1980 un grand nombre de villas ont été construites à Skerjafjörður, ce qui en fait un endroit d’aventures pour les enfants. On avait d’un côté l’aéroport de Reykjavík, de l’autre la mer !

J’ai passé mon baccalauréat au Lycée de Reykjavík en 1992. J’ai alors cru bon d’aller à Paris pour approfondir mes connaissances en français, ayant effectué un échange à Lorient et à Royan l’été précédant. Après l‘hiver, je pensais revenir en Islande pour étudier le droit. Mais je me trouvais si bien à Paris que j’ai cherché des moyens pour y rester. J’ai passé le concours pour les étrangers pour entrer à la Sorbonne (Paris IV), avec succès. Des études difficiles ont alors commencé car je n’étais pas encore assez compétente en français, mais tout a bien fonctionné, grâce à beaucoup de travail et l’aide des bons amis que j‘avais et que j‘ai encore aujourd‘hui. J’ai appris l’histoire de l’art à la Sorbonne, passant les examens du DEUG, de licence et de maîtrise à l’UFR d’histoire de l’art et d’archéologie, rue Michelet dans le 5e arrondissement.

Après avoir terminé ma maîtrise j’ai rencontré mon mari, en Islande. Je croyais que j’allais m’installer en Islande mais c’est lui qui est venu s’installer chez moi en France. Il travaillait alors chez ÍS (Produits de mers islandais) qui gérait une usine à Boulogne-sur-Mer. Bref, je l’ai suivi dans le nord de la France et nous avons habité à Boulogne et ensuite à Jonzac, une petite ville de Charente-Maritime, durant quelques années. Il travaillait pour des entreprises de produits marins islandaises et j’ai trouvé un emploi dans la ville de Boulogne, d’abord à l’institut archéologique puis, une fois à Jonzac, j’ai travaillé sur les relations entre l’Islande et la France pour la région Charente-Maritime. J’étais directrice de projet, à Rochefort. C’était un projet européen dans le cadre duquel la Charente-Maritime et la Fédération des communautés de Suðurnes ont eu de nombreux échanges, y compris des missions commerciales en Islande pour présenter des produits régionaux. Il y avait aussi des échanges de jeunes qui s’intéressaient à la voile. On a aussi cherché à promouvoir la région comme destination touristique pour les Islandais. Une des meilleures écoles hôtelières se trouve dans cette région et il y a eu des échanges dans ce cadre. Tout cela était très passionnant et diversifié, on a réalisé d’innombrables projets. J’ai bien connu la partie sud-ouest de la France. L’Aquitaine et Bordeaux ont acquis une place spéciale dans mon coeur. Elle était en quelque sorte comme une petite Paris. Nous avons eu notre premier enfant en France, à Royan. C’est remarquable parce que Royan était la première ville dans laquelle j’ai habité en France, quand j’y suis allée comme étudiante dix années plus tôt.

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Je me suis souvent demandé pourquoi j’ai étudié l’histoire de l’art. Dans un sens, ce qui a joué dans ma décision est que je voulais travailler avec quelque chose qui faisait partie intégrante de mes intérêts. Je ne souhaitais pas m’occuper de ce qui me passionnait seulement pendant mon temps libre. J’étais aussi un peu préoccupée par le taux élevé de chômage chez les jeunes sur le continent. C’est une preuve d’une certaine qualité de vie que de pouvoir choisir une carrière à partir de son centre d’intérêt, et quelle aubaine d’avoir cette possibilité de carrière. On nous a constamment rappelé, lors de mes études à Paris, que la concurrence était rude à l’extérieur, mais dans mon esprit j’étais toujours sur le chemin du retour, de sorte que je ne pouvais pas vraiment me confronter à cette réalité. Je ne savais pourtant rien de ce qui m’attendrait en Islande.

Mais d‘où vient cet intérêt pour l’art ? Peut-être que les sept merveilles du monde y jouent un rôle. Un projet de lecture à l’école primaire était de lire et d’écrire sur les sept merveilles du monde et j’ai été tout à fait fascinée par ce que l’esprit et la main humains pouvaient faire. Ce devoir reste gravé dans ma mémoire et me revient régulièrement à l’esprit. Des chefs d’œuvres, quel que soit leur support, grand ou petit, me permettent de voir les choses d’une autre manière. Ils montrent la force crétative de certains qui sont capables de créer quelque chose qui nous touche et qui restera à jamais gravé en soi.

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Aujourd’hui, je dirige le Musée islandais du design et d’arts appliqués. C‘est l’un des plus jeunes musées dans la flore des musées islandais. Ma mission est de lui construire une bonne base parce que j’envisage un grand rôle pour lui. J’étais chef du département des expositions de la Galerie nationale avant de venir ici et j’avais une vision spécifique sur l’infrastructure des musées, me permettant de pouvoir occuper ce nouveau rôle de directrice. Je travaille au Musée depuis 7 années et je suis très heureuse de la façon dont il a progressivement acquis une bonne place, bien méritée pour les tâches qui sont effectuées ici. Le Musée de design est le seul dans le pays dont le rôle est de collectionner, d’étudier et de présenter l’histoire du design islandais. Ce n’est pas un petit rôle. Étant donné son âge, nous sommes encore sur la case départ. En Islande seulement une petite partie de l’histoire du design a été étudiée et c’est pourquoi une grande partie de notre travail consiste dans la collecte de sources. C’est un grand projet, les sources sont constituées d’objets, mais aussi de l’acquisition de données, des interviews et des photos. Nous pouvons nous servir tantôt de certaines choses, mais une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui est une contribution à l’histoire et la recherche futures. Nous avons une histoire remarquable liée à l’industrie d’un petit État dans le 20e siècle. Mais notre histoire du design est aussi en grande partie construite sur les métiers et sur l’art qu’on ne peut pas exclure dans ce contexte. Les domaines des collections du musée sont le design du mobilier, des produits, du graphique, de la mode, du textile, de la céramique et du verre, de l’intérieur, de l’or et de l’argent ainsi que des bijoux, de l’aménagement paysager et l’histoire architecturale. Tout cela de 1900 à nos jours. Nous tenons régulièrement des expositions qui sont un outil important aujourd’hui pour éclairer l’histoire et aider à construire des collections. Nous avons des expositions permanentes de nos objets, en fait juste une petite partie. En général il y a deux expositions en cours ici et diverses activités secondaires pour offrir à nos clients un meilleur service. Accueillir les visiteurs avec une visite guidée est un facteur important, mais nous organisons aussi des conférences, des ateliers et beaucoup d’autres choses.

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Si j’avais des capitaux importants et les mains libres j’enverrais une lettre, que j‘ai à l‘esprit, à Jean Nouvel, pour lui demander s’il accepterait de concevoir un nouveau bâtiment pour le Musée du design. Cela serait très encourageant pour l’avenir et le bâtiment serait là, symbolique et avec un rôle. Nos deux peuples ont après tout eu beaucoup de contacts à travers les âges, d’une façon pas moins importante que celle qui nous lie à nos proches voisins nordiques. J’utiliserais mes capitaux pour construire le musée conçu par Nouvel. Peut-être juste à l’extrémité de la pointe d’Álftanes. Ce serait quelque chose d’aller par bateau de Reykjavík au Musée du design à Garðabær.

Dernière modification : 22/02/2016

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