En mémoire de Régis Boyer, 1932-2017 [is]

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Régis Boyer, professeur à la Sorbonne 1970-2001, est décédé en juin dernier. Régis Boyer a beaucoup écrit sur la littérature et la culture islandaise et était un traducteur en français extrêmement prolifique d’œuvres islandais, surtout de la littérature médiévale.

Torfi Tulinius, professeur d’études islandaises médiévales à l’Université d’Islande, a écrit une nécrologie sur Régis Boyer dans le journal Morgunblaðið. Il a aimablement permis à l’Ambassade de publier ici son article.

Régis Boyer avait à peine trente ans au début des années soixante, quand il fut envoyé en Islande par le gouvernement français pour enseigner la langue de Molière à l‘Université et l‘Alliance française. Son épouse, Marie-Rose, et lui vécurent deux ans à Reykjavík. Ils avaient déjà une petite fille et une seconde est née ici pendant leur séjour. Boyer était très actif et en plus de ses cours animaient des soirées où il donnait des conférences sur la vie intellectuelle et culturelle française. De plus, il travaillait sans relâche à ce qui allait devenir sa thèse de doctorat d‘état sur La Vie Religieuse en Islande 1116-1264 d‘après les Sagas des évêques et la Sturlunga saga. Il fut conquis, corps et âme, par les sagas et les Régis et Marie-Rose aimaient à se rappeler, bien des années plus tard, quand Régis sauta une nuit du lit conjugal, encore pris par un rêve, disant de sa voix tonitruante qu‘il devait aller rejoindre Thord Kakali, un héros mémorable de la Sturlunga saga.

Boyer ne se défit jamais de sa fascination pour la littérature islandaise qui dura toute sa longue vie. Nous autres Islandais lui devons beaucoup, car à son retour en France, lorsqu‘il fut nommé professeur à la Sorbonne, il entreprit de traduire et de faire publier en français une grande quantité de textes appartenant à notre patrimoine littéraire : poésie eddique et scaldique, ouvrages historiques et plusieurs collections de sagas. Celle dont il était le plus fier était sans doute le volume de Sagas islandaises publiée dans la collection de La Pléiade en 1987 et plusieurs fois réimprimée.

En même temps, il écrivait des ouvrages savants sur la culture et la civilisation du Nord tout en menant un travail de promoteur et de passeur, non seulement de la littérature islandaise mais aussi des littératures danoise, norvégienne et suédoise. Les auteurs contemporains furent également bien servis par ce grand travailleur, car il fit connaître en France des auteurs tels que Halldór Laxness, Thor Vilhjálmsson, Steinunn Sigurðardóttir, Sigurður Pálsson et Pétur Gunnarsson pour n‘en nommer que quelques-uns.

Régis Boyer avait une carrure et une personnalité imposantes. Sa voix était grave et puissante. Il n‘était pas homme à cacher ses opinions et pouvait avoir des manières un peu brusques. Il avait fait son service militaire pendant la Guerre d‘Algérie et avait refusé le grade d‘officier, qui lui était proposé étant donné ses diplômes. Du coup, il avait fait cette guerre dans un bataillon disciplinaire et vu de sérieux combats.

Sa vie personnelle fut heureuse. Son épouse, Marie-Rose, décédée il y a quelques années, lui assura un foyer agréable et joyeux, animé par leurs sept enfants, qui ont tous fait leur chemin dans la vie. Aux dernières nouvelles les petits-enfants du couple étaient au nombre de vingt-quatre et plusieurs arrière-petits-enfants se sont joints au clan ces dernières années.

J‘ai eu le bonheur de faire ma thèse de doctorat sous la direction de Régis Boyer. Je n‘aurais pas pu avoir meilleur maître. Il me donnait une entière liberté pour délimiter mon domaine de recherches, constituer mes bases théoriques et construire mon argumentation. En revanche, les discussions approfondies ainsi que les conseils qu‘il me donna furent on ne peut plus précieux. Nous sommes restés en contact tout au long des années et je garde le souvenir d‘un bon maître et d‘un ami très cher.

Dernière modification : 18/09/2017

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