Commémoration du 11 novembre à l’ancien cimetière de Reykjavik

Retrouvez le discours de l’Ambassadeur de France prononcé lors de la commémoration du 11 novembre à Reykjavik
JPEG

"Le 11 novembre, date de l’armistice de la Première Guerre mondiale, est un jour férié en France, la Nation toute entière rendant hommage à la mémoire des victimes d’un conflit meurtrier qui a causé 15 millions de morts et 20 millions de blessés, et profondément bouleversé les équilibres du continent européen, lequel, une vingtaine d’années plus tard, était à nouveau ravagé par la Seconde Guerre mondiale.
Le 11 novembre est un moment de recueillement mais également de réflexion.

De réflexion sur l’horreur de la guerre en premier lieu. La Première Guerre mondiale, dont nous célébrons le centenaire, a fait en France 1,5 million de morts et plus de 3 millions de blessés. Dans chaque église, sur chaque place de village de France, se trouvent des listes funèbres de noms recensant ceux qui ont péri au cours de ce que l’on appelle toujours « la Grande Guerre ». Il est difficile aujourd’hui d’imaginer la dimension de ce carnage avec, par exemple, 3 000 morts par jour lors de la bataille de Verdun.

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer les souffrances effroyables endurées au cours de cette guerre interminable qui laissera, avec son cortège de veuves, d’orphelins et de mutilés, la France exsangue, meurtrie et affaiblie.

De réflexion également sur le caractère fratricide d’une guerre qui, cent ans plus tard, peut être qualifiée de guerre civile européenne. Mais l’histoire n’est pas une fatalité et la France, envahie trois fois par l’Allemagne en 70 ans, a su faire la paix avec son voisin, trouver le chemin de la réconciliation et lui proposer de construire ensemble l’Europe. C’est en effet en s’engageant en faveur de la construction européenne que la France et l’Allemagne ont réussi à dépasser leur antagonisme séculaire et à assumer leurs responsabilités face à l’histoire tragique de notre continent.

L’histoire n’est donc pas une fatalité mais elle nous rappelle où peut mener la folie des hommes. C’est en effet la folie des hommes qui a conduit les pays européens à se précipiter dans la guerre comme des « somnambules » pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’historien australien Christopher Clark sur les origines du premier conflit mondial.

En Islande, le mois de novembre est également traditionnellement l’occasion de rendre hommage à la mémoire des marins et pécheurs français disparus au large de cette île de feu et de glace, dans les mers démontées de l’atlantique nord. Chaque année, pendant plusieurs décennies, des centaines de bateaux et des milliers de marins, quittaient les ports français pour aller y pêcher la morue, expédition dangereuse dont tous ne revenaient pas comme l’a si bien décrit Pierre Loti dans son célèbre roman « pécheur d’Islande ».

À Paimpol, chaque flottille, avant son départ, était confiée à Notre-Dame-de-bonne-nouvelle, patronne des Islandais, lors d’une émouvante bénédiction dénommée « pardon ». Mais, comme le rappelle Anatole le Braz dans son livre intitulé « la terre du passé » : « les bonnes campagnes sont celles où l’on n’a qu’une trentaine de trépas individuels à déplorer, où tous les équipages rentrent plus ou moins décimés, où la charité publique n’a guère à se répartir que sur quelque deux cents orphelins.. ». On estime ainsi à plus de 4 000 ces marins et pécheurs français qui ont laissé leur vie dans la « pêche à Islande » entre les années 1850 et 1935.

Je voudrais conclure en saluant la compassion et la fraternité des Islandais à l’égard des marins et pêcheurs français dont nombreux ont été sauvés, soignés et pris en charge par les habitants des villages côtiers. Aujourd’hui, les tombes et les cimetières français qui parsèment les fjords de l’est et de l’ouest, nous rappellent l’épopée des pécheurs d’Islande, page émouvante de l’histoire de la relation entre nos deux pays dont il nous revient d’entretenir le souvenir."

Dernière modification : 16/11/2017

Haut de page